Le Point économique : Vous demandez l'amendement du statut du CNC-PME afin de disposer de plus de flexibilité dans le fonctionnement. En quoi résident les contraintes actuelles?
Zaïm Bensaci : Effectivement, il y a des insuffisances au niveau du décret portant création du CNC-PME. Nous avons demandé un amendement de ce décret pour permettre au CNC d'avoir une plus grande autonomie au point de vue de sa gestion financière et notamment dans son fonctionnement. On pourrait avoir à ce moment là des fonds susceptibles d'être utilisés pour des expertises ou autres.
Est-ce à dire que vous aspirez à une entière autonomie donc à ne plus être sous la tutelle du ministère des PME-PMI ?
Non, il ne s'agit pas de ne plus être sous la tutelle du ministère. Nous voulons une autonomie financière qui nous permette d'activer sans passer par les règles de la comptabilité publique. Mais à ce moment là, d'où proviendraient les fonds : des cotisations d'adhérents ou d'une subvention ?
D'une subvention. Actuellement, nous avons une subvention qui est allouée par le budget de l'Etat.
Mais en étant autonome, vous aurez toujours une subvention ?
Pour le moment, c'est un Conseil qui est en train de naitre (il existe depuis 4 ans, NDLR). Une fois qu'il aura fait ses preuves, il est évident que les associations et organisations, qui devraient avoir les moyens nécessaires, pourraient cotiser pour le financement des activités de ce Conseil.
Revenons, si vous le voulez bien, à la mise à niveau. De nombreuses organisations patronales et professionnelles remettent en cause la façon avec laquelle cette mise à niveau a été réalisée, dans la mesure où les critères d'éligibilité auraient tout biaisé dès le départ. Qu'en pensez-vous ?
En ce qui concerne cette mise à niveau, il existe des critères d'éligibilité définis dans le cadre du programme MEDA. C'est l'UE, par le biais de ce programme, qui a dit : " Moi, je ne prends que les meilleures entreprises, celles qui ont 3 bilans positifs ".
Pourquoi les pouvoirs publics algériens n'ont-ils pas eu leur mot à dire ?
Parce que ce sont eux (les Européens) qui ont appréhendé cette mise à niveau. Le ministère de la PME s'est intéressé à la question au bout de 2 ans de non-fonctionnement du programme MEDA. C'est alors que les choses ont commencé à s'organiser. Il faut savoir que le ministère de l'industrie était aussi concerné par un programme de mise à niveau dans le cadre de la stratégie industrielle.
Quand, à ce moment-là, j'ai présidé la commission de mise à niveau, j'ai préconisé l'installation de cet organe centralisateur de ces programmes de mise à niveau.
Mais un organe avec des moyens importants, par uniquement avec un petit saupoudrage parce que, lors de la mise à niveau, l'on a pris en considération uniquement le volet gestion. Nous avons notamment demandé à ce que le matériel soit pris en compte, les logiciels…
Certaines organisations patronales " accusent " les experts du MEDA d'avoir omis le volet exportation pour que les PME algériennes n'arrivent pas à exporter…
Vous savez, on peut discuter de ce programme pendant des heures. Pour moi, ce qui est fait est fait. Tenons compte de ces " expériences " et faisons en sorte qu'à l'avenir, les choses se passent différemment, c'est-à-dire dans des conditions optimales pour que l'on ne se " fasse pas avoir ".
Comment le CNC-PME compte-t-il intervenir pour " régler " l'éternel problème des rapports banques- entreprises ?
Pour moi, la question est simple. Je le dis et je le répète, les banques ne jouent pas le jeu. Mais en réalité, c'est parce que ce sont des banques commerciales qui ne sont pas faites pour les investissements. Maintenant, à travers les différentes contraintes liées aux scandales financiers, à Bâle I et à Bâle II, ce n'est pas facile.
Je ne défends pas les banques. Je dis que la PME doit pouvoir arriver à avoir accès à un financement.
Maintenant, par quels moyens ? Il y a eu la mise en place du FGAR, de la Caisse de garantie et il va y avoir un Fonds d'investissement. C'est à voir.
Le ministre de la PME-PMI et de l'Artisanat avait évoqué auparavant la possibilité de création d'une institution financière qui faciliterait l'octroi de crédits au long cours au profit des PME. Qu'en est-il de ce projet ?
C'est un Fonds d'investissement qui n'a pas vu le jour. Je défends les opérateurs, les PME. Je vois ce qui existe sur le terrain. Je peux ou je ne peux pas.
L'essentiel est de voir comment arriver à trouver une facilitation pour que l'investisseur ait accès à un crédit, point barre.
Le ministre a annoncé que plus de 2000 PME ont fermé boutique au cours du premier semestre 2007 et l'un des membres du CNC a même déclaré que si cela continue de la sorte, on arrivera à 2013 avec un CNC-PME sans pratiquement aucune PME. Quel est votre sentiment sur la question ?
On ne va pas livrer une bataille de chiffres. Effectivement, il y a eu des PME qui ont disparu, c'est certain. Effectivement, il y a des PME qui sont en difficulté, c'est sûr. Le message que je voudrais faire passer, c'est de dire que la PME est là. Faisons en sorte que le PME qui existe déjà soit renforcée et aidée à se développer. Sans compter qu'il faut en créer de nouvelles. C'est vrai que si l'on ne fait rien, il est évident qu'à un moment ou à un autre on se retrouvera confronté à ce qui existe actuellement, c'est-à-dire à l'informel, le conteneur… Pour moi, je suis désolé, mais le conteneur, ce n'est pas la PME. Je ne veux pas dire ce que je ressens. On parle de locaux commerciaux. Qu'est-ce que cela veut dire ? On va vers le commerce ? Je dis non. Il faut aller vers la production. Il faudrait que l'on ait des PME productives, des PME qui emploient. Il y a des secteurs qui pourraient être développés.
Et surtout, lever certaines contraintes que subissent les PME. C'est le rôle de ce Conseil, non ?
Le CNC n'a pas les moyens de sa politique. Le CNC aurait pu effectivement réaliser beaucoup de choses, faire de nombreuses propositions. Il existe des filières que l'on peut exploiter, où l'on peut créer des entreprises. Il faut être réalistes et ne pas tirer de plans sur la comète. Je suis pour ma part pragmatique. La PME a des problèmes, pourquoi ? Ce type de problèmes, on les connaît, on les recense. Je peux, je ne peux. Mais il s'agit aussi d'une stratégie de l'Etat. Qu'est-ce qu'on veut faire de la PME dans le développement économique ? Dans mon discours, je n'ai pas voulu aller très loin. Mais c'est clair, je dis ce que je pense. Je dis attention, nous avons des entreprises en difficulté. Attention, il faut évaluer la mise à niveau. Il faut que l'on sache. On a mis à niveau quoi ? Combien ? Les entreprises, cela leur a rapporté quoi ?
Il n'y a toujours pas de chiffres ?
C'est là le problème. Nous n'avons pas de chiffres. C'est pour cela que je dis qu'il faut qu'il y ait un observatoire des PME. C'est important. Il va peut-être aller dans le détail, au niveau local, voir quelles sont les filières qui sont en manque. Combien d'entreprises ont disparu et pourquoi ont-elles disparu ?
Interview réalisée par le Point économique avec Monsieur Zaïm Bensaci, Président du CNC - PME